La cour des miracles de Manu Chao
Publié par thorvald sur octobre 30, 2007
Dans les loges de l’après-concert de l’Arena, l’icône altermondialiste reçoit sa tribu et ses «potes», anciens ou tout nouveaux.
«T’inquiète pas, j’arrive!» Manu Chao répond à l’ordre «une bière!» qui émane d’un Perfecto bedonnant, manière d’avatar ultime des Negra Bouch Beat, cette cruelle parodie de l’alternatif français des années 80. Il y a dans ces loges d’après-concert à l’Arena, mardi soir dernier, un tohu-bohu de personnages, une essence de cour des miracles, la fin de la queue de la comète des mouvances alternatives et altermondialistes que compose une tribu d’amis, de potes, de frères et de camarades partisans du sous-commandant Marcos. La figure tutélaire que cette fiesta politique décline en bande-son entre les morceaux du concert et sur le merchandising de l’artiste engagé.
Manu Chao vient de donner plus de deux heures d’un show d’une folle générosité devant 9000 personnes avec ses Radio Bemba Sound System et il embrasse, signe et parle avec tous. S’inquiète aussi de savoir si tout le monde a de quoi apaiser sa soif. La dernière caisse de Cardinal est au bout, il envoie son fidèle tour manager chercher un carton de San Miguel dans le camion du groupe. «Aujourd’hui, à cette heure, je ne refuse rien à personne. Mais je ne prends que des contacts et ne promets rien. Mon problème à moi, c’est que je n’ai pas assez d’une vie pour tout faire.» Il vient de donner son e-mail personnel à deux femmes, look d’institutrices engagées et sérieuses, qui lui demandent un soutien pour une action de leur «assoc’», qui fait évidemment de l’humanitaire en Amérique du Sud.
L’ambassadeur du Nicaragua a eu droit à pareil traitement. Un e-mail de contact. «Je viens de la part du président Daniel Ortega», explique ce quadragénaire à la barbe soignée et au look de circonstance – jeans, baskets et T-shirt élimé – mais surtout foulard des sandinistes et carte d’identité diplomatique qu’il arbore pour forcer le passage dans les loges et faire valoir le sérieux de sa démarche auprès de l’emblème altermondialiste. Pour la grande fête populaire du Nicaragua, le président centre-américain veut Manu Chao. «C’est une bonne occaz’ de donner un concert gratuit au Nicaragua. C’est de toute façon mieux qu’une proposition d’un promoteur privé qui monterait une tournée à 25 dollars l’entrée. Je ne dis pas que je vais le faire, mais c’est un très très bon contact», commentera ensuite Manu Chao tandis que le diplomate traîne dans les parages et s’acclimate rapidement à l’ambiance en dégoupillant les capsules de bière à la main – méthode briquet – avec une dextérité que ne doivent pas lui connaître ses condisciples du Palais des Nations.
«J’ai appris mon métier dans les squats»
Les 20 mètres de couloir qui mènent à la loge sont finalement traversés en vingt-cinq minutes. Dans l’intimité d’une pièce «squatée» par quelque 10 personnes, au va-et-vient incessant, et que de toute évidence Manu Chao ne connaît pas vraiment, la causerie peut commencer. Squat justement, il en est question. Tout à l’heure sur scène, l’association genevoise Intersquat a eu droit à cinq minutes de parole en live. «On est train de flinguer la vie populaire des centres-villes», renchérit Manu Chao. «A Barcelone, comme à Genève. C’est peut-être la seule chose que j’ai vraiment envie de dire. Si je n’avais pas joué dans les squats de Genève il y a vingt ans, je ne serais pas là. Ce sont des lieux de culture et d’apprentissage. J’ai appris mon métier dans les squats de Genève, Paris, Barcelone ou Liège. Avec l’immobilier, on est en train de dessouder tout ça et moi, ça me fait mal.»
«Exact, exact, exact…» approuve un zigoto qui coupe la parole et s’impose en nouvel ami. «Non, je ne rentre pas tout de suite, je suis en grande discussion avec Manu Chao», hurle-t-il dans son mobile. Chacun rigole. Manu Chao est à tout le monde, non? Sinon à quoi sert une icône… «C’est pas à moi de dire ça», tempère Manu Chao. «Je vis au jour le jour. Et j’essaie d’aider du mieux que je peux mais je ne peux pas dire si je sers à quelque chose.»
Plus tard, dans le couloir, un jeune gars a son idée sur la question. Il étouffe littéralement le petit chanteur franco-espagnol, l’enserre dans ses bras, l’embrasse affectueusement et témoigne: «Manu Chao, je l’ai vu à Sziget (ndlr: festival de Budapest où Manu Chao a joué le 10 août 2007) , c’était grand. Merci de nous faire vivre des moments comme ça!» Comme quoi? «Comme ça», montre-t-il en faisant battre sa main sur le cœur.
SOURCES : http://www.24heures.ch
