Poétesses annonciatrices d’une renaissance du folk hippie, les soeurs Casady se produisent à Caen pour le premier anniversaire de la salle, pour une date unique en France.
Ce qui est rare est précieux. Peut-être pour cela que les CocoRosie se font discrètes. Non pas que les soeurs Casady soient du genre cachottières. Exhibitionnistes, elles auraient plutôt tendance à inviter à visiter leur univers intérieur sans se faire prier. Mais leur poésie futuriste part trop peu à la rencontre du public, se confronte trop rarement à la scène.Rageant tant les CocoRosie prennent un malin plaisir à démontrer qu’elles ont plein de choses à raconter. Sierra et Bianca cultivent un jardin étrange. Chant délicat, voie éraillée, mélodie mélancolique, atmosphère éthérée produisent un charme raffiné dont on se laisse aisément enivrer. Une sorte de déprime maîtrisée dans laquelle on aime doucement dériver, s’enfoncer.
Sur ce plan, les CocoRosie sont sans égal. Sans doute parce que ces Canadiennes légèrement déjantées prennent beaucoup de soin à composer des morceaux lunaires. Il n’est pas rare qu’un instrument unique, piano désaccordé, guitare, xylophone ou harpe, à peine accompagné d’un riff subliminal d’accordéon, y croise les enregistrements des bruits de la vie quotidienne, sonnerie de téléphone, sifflement d’une théière ou mélopée d’un train.
Comment définir ce genre, à la croisée des chemins du folk et des musiques répétitives et concrètes ? Inutile de perdre son temps dans une telle entreprise. L’intérêt réside dans un résultat proche du conte sonore, dont on bercerait volontiers les jeunes enfants. Mais les textes, poétiques, semblent destiner cette matière aux plus grands.
De la formation du duo, en 2003 à Paris, à aujourd’hui, les soeurs Casady ont entraîné en trois albums pas mal de monde dans leur sillage hippie. Le New-Yorkais Devendra Banhart ou le rappeur parisien Spleen ont rejoint la sarabande des amis, livrant eux-mêmes leur propre version de ce renouveau folk. Au sein de son label, Bianca Casady s’essaie au soutien de jeunes artistes comme les Bunny Rabbit. Des éléments qui, mis bout à bout, constituent le monde de CocoRosie, doux et irréel. Féerique.
Josué JEAN-BART.
SOURCES : .caen.maville